Tokyo Trial, l’autre point de vue

Par Hélène Lebon

Ne pensez pas que je passe ma vie devant Netflix. Mais je devais absolument vous parler d’une autre série que j’ai vue et, si habituellement on n’a pas les mêmes goûts, ne manquez pas celle-là. C’est une leçon d’histoire importante qui met en lumière le Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient. Entre héritage de la Deuxième Guerre mondiale et polaroïd de 1945 la guerre finie, on y dépeint l’amorce de l’organisation du monde telle qu’on la connaît aujourd’hui, rien de moins. Tokyo Trial, c’est 4 épisodes qui revisitent habilement l’Histoire et donnent un autre point de vue sur ce que les Occidentaux s’accaparent bien souvent.

Mise en contexte : un docu-fiction nécessaire 

Quand on parle du devoir de mémoire, encore faut-il pouvoir accéder à l’Histoire. J’aime de cette coproduction néerlando-japonaise qu’elle offre un autre regard sur le procès de 28 dirigeants japonais après la Deuxième Guerre mondiale. Les enjeux d’ingérence, de racisme, de droit international et, plus largement, de philosophie sont illustrés par des personnages qui incarnent chacun une réalité géopolitique qui dépasse leur propre identité. Les alliances d’hier – cela est-il étonnant? -, demeurent inchangées et les clivages, eux, se sont accentués. Pays riches / pays pauvres, Orient / Occident, l’hégémonie d’alors a installé un couvercle sur un monde en cocotte: toujours en place, mais de plus en plus sous pression.  

Tokyo Trial + Lebon Trait d'union

De l’autre côté du globe, on voit différemment  

J’aime évoquer le conte indien de l’éléphant et des 6 aveugles pour rappeler combien autant d’humains sont autant de versions de la «réalité». Et si je ramène la sagesse indienne ici, c’est que dans le procès de dirigeants japonais, le représentant indien, tel que présenté par la production, a contribué à un éveil des consciences de certains juges européens… et à la crispation de certains autres, juges anglo-saxons en tête. Désaxer le monde pour réécrire l’histoire, changer les paradigmes comme les sièges, oui, mais la chaise musicale ne se fait pas entendre fort quand le concert des Nations écrase à l’unisson des voix dissonantes, dérangeantes, mais nécessaires. 

Un but, deux raisons

Du côté japonais et du côté néerlandais, on n’a pas le même but, mais on a le même ennemi: lutter contre une conception du monde en œillères. Le juge néerlandais tient même son point pour son pays et le droit international, mais contre l’opinion et l’intérêt immédiat de ses dirigeants. Comme tout fait historique, il n’y a pas de punch à vendre pour cette série dont on connaît le dénouement, mais le déroulement en vaut la peine et la réflexion à faire est d’actualité. 

De l’autre côté du globe, on fait le tour de la question 

Y a-t-il une nation qui vaille plus que d’autres? Les grandes valeurs de paix, de respect, de droits humains dont se réclament les «puissants» pays sont-elles plus qu’un apparat? Le Néerlandais est un juriste pragmatique, le Français digne héritier de Descartes, l’Indien anticolonialiste critique, pendant que les Anglais, Canadiens, Américains et Néo-Zélandais veulent (ar)ranger le monde à leur avantage, quitte à risquer un double discours pour ne pas défaire le droit international qui s’installe alors doucement. Mais là est toute la difficulté que la situation met en lumière: le droit international peut-il prendre en considération toutes les situations et s’appliquer pour tous les événements également? Est-il là pour plaire aux uns, écraser les autres et se plier aux intérêts de ceux qui tapent du poing le plus fort? 

Archives et fiction, dans une sage composition 

C’est un compromis et une incursion dans le temps. Des images d’archives sont habilement mêlées aux images du docu-fiction. On y croit, ça ajoute du poids à la série. Faux juges, vrais accusés. Car on a décidé du sort des vaincus. Ici, pas de fioritures, pas de dérapages sentimentaux non nécessaires entre les personnages. Ils écrivent une page de l’Histoire qui dépassent leur propre histoire, les concepteurs ont su doser juste ce qu’il faut pour saisir la complexité des choix auxquels les juges faisaient face.


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